La novlangue au pouvoir

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Louis XIX a parlé hier à Versailles... La presse nous dit que son discours est vide, qu'il n'apporte rien de plus que son programme présidentiel mais qu'il a pris du temps pour le dire. "Le flou et la forme" selon je ne sais plus quel titre de presse ! Certes, Macron est creux, mais cela ne veut pas dire qu'il ne sait pas où il va. Il faut être bien naïf pour croire qu'il ne dit rien parce qu'il n'a rien à dire. Macron veut changer profondément les choses et imposer sa vision, mais sans la dire.

Cependant, en relisant de près quelques extraits de son discours, des choses apparaissent.  

Ce qui nous est demandé par le peuple, c’est de renouer avec l’esprit de conquête qui l’a fait pour enfin le réconcilier avec lui-même.

Ben oui, parce que notre problème actuel, c'est que nous sommes fâchés d'avec nous-mêmes. Pour le reste, tout va bien.

Il faut des efforts car ces faux procès sont nombreux. S’agit il de libéraliser le code du travail ? On nous dira qu’il s’agit de répondre aux diktats de Bruxelles. S’agit-il de réduire nos dépenses publiques pour éviter que nos enfants paient le prix de nos renoncements ? S’agit-il sortir de l’état d’urgence ? On nous dira qu’on brade nos libertés (ou qu’on laisse les Français sans sécurité). Rien de tout cela n’est vrai. 

Ha ben merde ! Il change de programme ?

Ce mandat du peuple français, quel est-il ? D’abord le mandat de la souveraineté de la Nation, pouvoir disposer de nous-mêmes. 

Il est démocrate ou communiste, le Macron ? On se serait trompé ? Cette phrase est du flan, il n'en sera rien car rien dans son programme ne permet d'atteindre son but. 

Les forces de l'aliénation sont extrêmement puissantes. Aliénation à la nouvelle répartition du travail, aliénation à la misère, à la pauvreté. 

Ca c'est fort, du grand art ! L'Etat omniprésent sur l'accessoire et jamais là pour l'essentiel, le libéralisme destructeur et l'Europe, ce ne sont pas des forces d'aliénation autrement plus puissantes ? Non pour Macron. Par contre, les 35 heures nous aliènent. Et la misère, la pauvreté sont devenues dans sa bouche des aliénations !!! Perversion une fois de plus. S'il y a des pauvres, c'est qu'il y en a qui se goinfrent. La pauvreté des uns est la conséquence de la richesse des autres, elle n'est pas l'aliénation : mais en la qualifiant ainsi, ça permet de ne pas qualifier le goinfre, donc l'oppresseur. Perversion, donc. Perversion et mépris de classe.

Si nous ne permettons pas à chacun de trouver un travail qui lui corresponde, qu’il soit heureux d'accomplir, une place et une dignité dans la société.

Du valls en puissance : la dignité par le travail ! Une blague ! C'est vrai que son projet, non pardon, son PROJEEEET a pour but de trouver à chacun un travail qui lui corresponde. Il faut juste que le type ne soit regardant ni sur le salaire, ni sur les missions, ni surtout sur l'obligation de prendre le boulot qu'on lui donne. Et c'est vrai que tout le monde serait heureux d'accomplir des tâches de tâcherons mal payées aux horaires pourris en contrat de mission.

[à propose de la loi sur la transparence de la vie publique :] La loi du gouvernement sera votée, je n’en doute pas. Mais après qu’elle l’aura été, j’appelle à la retenue, à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la présomption d'innocence, cette chasse à l’homme. Cette frénésie qui a touché tous les camps est indigne de nous et des principes de la République. 

Ca, c'est top ! Les journalistes, une fois de plus, fermez vos gueules ! Le hic, c'est que si la France était une démocratie, TOUT, je dis bien TOUT pourrait être remis en cause TOUT LE TEMPS. Mais c'est justement ce qu'il ne veut pas, fidèle à la pensée d'Attali qui est le premier à dire que les mesures doivent être irrémédiables. Anti-démocratique, quoi...

Un Parlement moins nombreux mais renforcé dans ses moyens, c’est un Parlement où le travail devient plus fluide avec des collaborateurs mieux formés plus nombreux. Je proposerai la réduction d’un tiers du nombre des membres des 3 assemblées constitutionnelles. Je suis convaincu que cette mesure aura des effets pour la qualité générale du travail parlementaire. 

Discours d'entreprise. Outre le terme "collaborateur", il y a bien sûr l'idée libérale du dégraissement efficace. Toutes les entreprises qui licencient parlent d'optimisation des moyens de production. C'est un copier-coller de cette idée, transcrite au champ politique. Ca cache évidemment l'idée que les lois seront faites plus haut, à Bruxelles. Moins de législation permet de laisser plus de place aux cadres de la Fonction Publique pour l'adaptation des lois que le parlement n'aura plus qu'à voter les yeux fermés. Souveraineté, démocratie, tout ça...

Trop de mes prédécesseurs se sont vus reprocher un manque de pédagogie, de n’avoir pas précisé le sens et le cap de nos mandats

Ben oui, c'est bien connu. Ce qu'on a reproché à Sarko et à Hollande, c'est de nous avoir mal expliqué leur projet. Alors que lui, il l'a crié, son PROJEEET. C'est plus clair. Faire de la pédagogie, est là aussi de la perversion : c'est retourner le problème, nous ne sommes pas content parce que nous n'avons pas bien compris. C'est un principe de pervers narcissique : ce n'est pas lui le problème, c'est l'autre, et quand l'autre le critique il la lui renvoie en symétrie. De plus, il devient lassant d'entendre les élus systématiquement se référer au scrutin pour justifier le fait que le peuple souhaite leur projet, puis se référer à un manque de pédagogie envers ce même peuple qui soudain ne comprendrait plus... A un moment, il faut savoir...

D’un côté, je rendrai aux Français leurs libertés en levant l’état d’urgence à l’automne. Ces libertés sont la condition d’une démocratie forte. Le code pénal tel qu’il est, le pouvoir des magistrats tel qu’il est, peuvent nous permettre d’anéantir nos adversaires.  Mais d’un autre côté, je souhaite que le Parlement puisse voter ces dispositions nouvelles qui nous renforcerons  dans nos libertés. 

Ca, c'est du grand art ! Comment prendre les gens ouvertement pour des cons et savoir que les journalistes à sa botte n'en diront de toute façon pas un mot.

Voilà  venu le temps du mensonge mieux organisé par l'élite et dispersé par la presse. Il y avait en effet beaucoup à dire sur Macron, avant la campagne, pendant la campagne et jusqu'à ce spectacle anti-démocratique. Et qui ne dit mot consent.